Commémoration du bain de sang de Dieppe

Du 18 août au 20 août, le débarquement à Dieppe a été commémoré pendant trois jours par diverses cérémonies. La commémoration a débuté par deux cérémonies belges et la délégation belge a assisté à plusieurs autres services à la mémoire des Canadiens tombés au combat.

 

Jeudi, à la tombée de la nuit, de nombreuses personnes se sont rassemblées au cimetière des Vertus, un cimetière canadien situé à Dieppe. Un cornemuseur a ouvert la cérémonie et un silence envoûtant s’est immédiatement installé. Les autorités du Canada, de la Norvège, de la Grande-Bretagne et de la France se sont relayées pour rendre hommage aux soldats canadiens tombés au combat. Au pied d’un monument se trouvait une œuvre d’art en forme du symbole canadien par excellence : une feuille d’érable. Plusieurs anciens combattants et familles des défunts étaient également présents. Après un dernier salut, la chanson Amazing Grace a été jouée à la cornemuse et une petite procession avec la feuille d’érable a suivi.

 

« C’était un massacre, pas une bataille »

 

Le 19 août, il y a 80 ans, une véritable tragédie s’est déroulée sur la plage de Puys, l’un des quatre lieux qui ont fait partie du débarquement de Dieppe. À 5h06, des soldats canadiens du Royal Regiment of Canada débarquaient pour lancer l’opération « Jubilee ». Ils se sont retrouvés dans un véritable enfer et bientôt les galets de la plage étaient tâchés de rouge. Avant même que les jeunes soldats, dont beaucoup avaient à peine 20 ans, n’aient quitté le navire, ils se sont trouvés sous le feu de l’ennemi allemand et n’atteindront jamais le mur qu’ils devaient escalader. Seule une soixantaine des plus de 550 soldats sont rentrés dans leur pays, sous le choc de ce qui s’était produit.

 

« C’était un massacre », raconte John avec émotion avant la cérémonie sur cette même plage. John est un vétéran de 97 ans dont le régiment a été presque entièrement liquidé ce jour-là. Lui-même n’a heureusement pas été impliqué ce jour-là, mais il a servi aux Pays-Bas, où il a été blessé et ensuite soigné dans un hôpital de Bruges. « Je me demande parfois pourquoi nous voulons nous souvenir de cela. C’était une tuerie, un massacre, pas un combat. J’espère que cela ne devra plus jamais se reproduire à l’avenir ».

 

The Eagle Staff

 

Parmi les Canadiens, certains militaires se distinguent très nettement, avec leur teint légèrement bronzé et leurs cheveux en tresse. « En temps de guerre, nous devions répondre à l’appel du roi », dit le jeune Indien Stevens. « Les tribus indiennes fournissaient 80 à 90 % de leurs jeunes hommes pour la bataille ». The Eagle Staff est également présent aujourd’hui pour leur rendre hommage. Leur personnel représente, aux yeux des peuples autochtones du Canada, les différentes tribus. « Mon grand-père a combattu ici. C’est donc très spécial pour moi d’être là », dit-il.

 

Solitaire et perdu

 

En se tenant ici sur la plage et en regardant les rochers, il est difficile de comprendre pourquoi cet endroit a été choisi pour le raid. C’était voué à l’échec, n’est-ce pas ? On ne peut qu’avoir un énorme respect pour les hommes qui ont donné leur vie ici il y a 80 ans. Ils ont dû se sentir si seuls et perdus. Le 6 juin 1944, heureusement, d’autres choix ont été faits pour le jour J : pas de plage de galets mais une plage de sable, ainsi que d’autres stratégies et davantage d’hommes. Ce débarquement s’est soldé par un grand succès : la libération de l’Europe occidentale.

Nathalie Mylle

Vincent Bordignon

Mathieu Duhembre