Pourquoi nous devons continuer à appuyer l’Ukraine…

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Le Conseil des Ministres a récemment approuvé la livraison d’un nouveau paquet substantiel de matériels militaire et humanitaire en soutien à l’Ukraine, à sa population et aux Forces armées ukrainiennes. Cette décision s’inscrit dans la continuité de la politique belge et internationale qui vise à « soutenir l’Ukraine aussi longtemps que nécessaire ». Dès le début du conflit, des décisions ont été prises pour livrer dans l’urgence du matériel militaire -létal ou non létal-  et fournir d’autres services logistiques, comme du carburant, par exemple. Depuis un an, de semaine en semaine, de mois en mois, la liste du matériel livré s’allonge, systématiquement. A cela s’ajoutent les formations et les entraînements des militaires ukrainiens dispensés entre autres par nos collègues militaires. Suite aux derniers développements sur le théâtre d’opérations, nous devons tous comprendre qu’il faudra tenir dans la durée.

 

L’impact de ce conflit sur la Défense est bien réel et se situe à différents niveaux et se ressent sous différentes formes, dans de nombreux services et unités. Comme dans de nombreuses crises, nous pouvons nous appuyer sur des processus et des mécanismes bien rodés qui nous permettent de nous adapter rapidement à de nouvelles situations. Notre travail au quotidien se voit « bousculé » par des actions à planifier, à coordonner et à mener dans l’urgence. Heureusement, nous avons l’habitude de gérer les contingences ! C’est dans l’ADN de notre organisation. Les livraisons de matériel déclenchent en l’occurrence, toute une chaîne logistique et administrative où chaque « maillon » est important. Une multitude de militaires et de civils contribuent à cet effort commun, du gestionnaire de matériel à l’utilisateur, en passant par l’atelier d’entretien ou de préservation du matériel, la préparation au transport, le planning du transport par la route, le chemin de fer ou les airs, la gestion administrative et douanière. La synchronisation entre les départements opérationnels et d’appui est cruciale dans ce processus. L’entrainement des militaires ukrainiens apporte également son lot de défis puisqu’il ne s’agit pas uniquement d’entrainer des militaires dans certaines spécialités, il faut également les équiper. En retour, il faut apprécier l’expérience du champ de bataille que les Ukrainiens nous apportent.

 

Ce conflit affecte également notre propre état de préparation, notre readiness. L’injection budgétaire d’un milliard d’euros décidée en février 2022 en vue d’améliorer notre niveau de préparation représentait un ballon d’oxygène nécessaire. Cette décision faisait suite au débat dans le cadre de l’actualisation de la Vision Stratégique par rapport au niveau de nos stocks de munitions et à l’état de nos véhicules de combat. Il y a un an, devoir puiser dans le stock de certaines munitions disponibles en quantité bien inférieure à nos besoins et aux normes édictées par l’OTAN était contre nature. Pratiquement un an plus tard, nous réitérons cette manœuvre et puisons dans des stocks, déjà très bas, de missiles et de munitions. Aux dépens de notre état de préparation certes, mais avec la perspective de compenser ces livraisons dans quelques mois voire quelques années, entre autres, par des munitions commandées dans le cadre du plan Readiness.

 

D’aucuns au sein de notre organisation ont probablement des questionnements sur l’opportunité ou la pertinence de ces décisions. C’est compréhensible. Dans un contexte international où l’urgence des livraisons de matériel militaire de plus en plus lourd est reconnue et où l’appréhension d’une escalade du conflit est mise en avant par certains plus réticents, il est important d’expliquer. Sans se lancer dans de longues considérations (géo)stratégiques, notons qu’aucune des deux parties dans ce conflit n’est actuellement en mesure d’atteindre les objectifs qu’elle s’est fixés. Pendant l’actuelle « pause opérationnelle » – qui n’en est pas vraiment une -, les parties belligérantes sont engagées dans une sorte de course contre la montre pour mobiliser, se renforcer, se rééquiper et se reconditionner. D’un côté, l’Ukraine qui veut pouvoir contenir les attaques futures et espérer à terme reconquérir son territoire et, de l’autre, la Russie qui veut reprendre son offensive et sa conquête le plus rapidement possible. L’urgence se ressent des deux côtés, et l’issue de cette phase du conflit aura des conséquences importantes pour la sécurité et la stabilité de notre continent. Il est de notre intérêt que la pièce tombe du bon côté.

 

Nous appuyons l’Ukraine parce que son objectif ultime – restaurer l’intégrité de son territoire –  est légitime vis-à-vis du droit et de l’ordre international. Pour l’avoir vécue dans notre pays dans le passé, c’est une histoire que nous reconnaissons tous. Dans l’article premier de leur charte, les Nations Unies se sont fixées comme but de « maintenir la paix et la sécurité internationales et à cette fin de réprimer tout acte d’agression ou autre rupture de la paix ». L’Ukraine a effectivement été victime d’un acte d’agression, non provoqué, non justifié, qui plus est par un membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies. Ce principe de base justifie à lui seul les opérations menées par l’Ukraine. Elle se bat non seulement pour défendre son territoire mais également ses valeurs fondamentales, ses libertés et ses intérêts. Elle s’est déclarée disposée à faire d’immenses sacrifices et à en demander à sa population pour pouvoir avoir la liberté d’élire démocratiquement ses dirigeants, la liberté de ses choix politiques et la liberté de s’exprimer.

 

La plupart des conflits se sont terminés par des négociations ou l’une ou l’autre forme d’accord entre les belligérants. Au moment où elle l’estimera opportun, l’Ukraine voudra ou devra entamer des discussions voire des négociations et ce, avec les meilleures cartes en main, c’est-à-dire la meilleure situation sur le terrain. Actuellement les forces armées ukrainiennes comptent sur les capacités occidentales promises dont elles estiment avoir besoin pour mener à bien leur contre-offensive. L’Ukraine est suivie dans son raisonnement par une très grande partie de nos partenaires partout dans le monde. Parfois, à l’issue d’âpres discussions, politiques ou diplomatiques.  Les intérêts de l’Ukraine sont en effet les nôtres. Ce sont nos valeurs, nos modes de vie, nos libertés qui sont en jeu. C’est une question d’intérêt supérieur. C’est pour ces raisons que nous devons accepter de livrer nos propres véhicules avant même que les nouveaux ne soient livrés, plus tard cette année. C’est pour ces raisons aussi que nous devons accepter de puiser encore plus profondément dans nos stocks de munitions et faire des concessions sur notre état de préparation. C’est pour ces raisons que nous devons considérer l’appui à l’Ukraine comme faisant partie intrinsèque de notre quotidien. Cela cadre avec le changement de mindset, d’état d’esprit et, plus largement, avec le changement de culture, que les événements nous obligent à adopter.  Nous avons basculé dans un monde où la « défense collective » a repris le dessus, restons-en conscients.

 

Et à côté de cela, oui, nous appuierons aussi B-FAST dans le cadre de son opération humanitaire en Turquie. Une « crise » de plus qui vient immanquablement chambouler notre quotidien, mais qui nous permet de démontrer tout notre savoir-faire ainsi que notre valeur ajoutée.

 

Why we must continue to support Ukraine…

 

February 13, 2023

 

The Council of Ministers recently approved the delivery of a substantial new package of military and humanitarian equipment in support of Ukraine, its people and the Armed Forces of Ukraine. This decision is in line with the Belgian and international policy which aims to “support Ukraine for as long as necessary”. From the start of the conflict, decisions were made to urgently deliver military equipment – lethal or non-lethal – and provide other logistical services, such as for example fuel. For the past year, from week to week, from month to month, the list of equipment delivered has systematically become longer. In addition, some of our military colleagues provide training of Ukrainian soldiers. Following the latest developments in the theatre of operations, we must all understand that we will have to hold out over time.

 

The impact of this conflict on (Belgian) Defence is very real and affects in different ways our services and units at all levels. As in many crises, we can rely on well-established processes and mechanisms that allow us to adapt quickly to new situations. Our day-to-day work is being “jostled” by actions to be planned, coordinated and carried out very urgently. Fortunately, we are used to managing contingencies! It is in the DNA of our organization. In this case, the deliveries of equipment trigger a whole logistical and administrative chain where each « link » is important. A multitude of military and civilian defence personnel contributes to this common effort, from the equipment manager to the user, including the equipment maintenance or preservation workshop, transport preparation, road transport planning, rail or air, administrative and customs management. Synchronization between operational and support departments is crucial in this process. The training of Ukrainian soldiers also brings its share of challenges since it is not only a question of training soldiers in certain specialties, they also have to be equipped. In return, we must value the battlefield experience that the Ukrainians bring to us.

 

This conflict also affects our own readiness. The financial injection of one billion euros decided in February 2022 with a view to improving our level of preparedness represented a necessary breath of fresh air. This decision followed the debate in the context of updating the Strategic Vision in relation to the level of our ammunition stocks and the state of our combat vehicles. A year ago, having to draw on the stock of certain ammunition available in quantities well below our needs and the standards laid down by NATO, was at least counter intuitive. Almost one year later, we repeat this manoeuvre and draw on already very low stocks of missiles and ammunition. Of course, at the expense of our state of readiness but with the prospect of compensating for these deliveries in a few months or in a few years due to the munitions ordered under the Readiness plan.

 

Some within our organization probably have questions about the appropriateness or relevance of these decisions. It’s understandable. In an international context where the urgency of deliveries of increasingly heavy military equipment is recognized and where the apprehension of an escalation of the conflict is put forward by some more reluctant, it is important to explain. Without embarking on long (geo)strategic considerations, it should be noted that neither of the two parties in this conflict is currently able to achieve the objectives it has set for itself. During the current “operational pause” – which is not really one – the warring parties are engaged in a kind of race against time to mobilize, reinforce, re-equip and recondition themselves. On the one hand, Ukraine, which wants to be able to contain future attacks and hopes to eventually reconquer its territory, and, on the other, Russia, which wants to resume its offensive and its conquest as quickly as possible. The urgency is felt on both sides, and the outcome of this phase of the conflict will have important consequences for the security and stability of our continent. It is in our interest that the coin falls on the right side.

 

We support Ukraine because its goal – to restore the integrity of its territory – is legitimate under international law and order. Having experienced it in our country in the past, it is a story that we all recognize. In article 1 of its charter, the United Nations set itself the goal of « maintaining international peace and security and to this end to suppress any act of aggression or other breach of the peace”. Ukraine was indeed the victim of an act of aggression, unprovoked, unjustified, moreover by a permanent member of the United Nations Security Council. This basic principle alone justifies the operations carried out by Ukraine. It fights not only to defend its territory but also its fundamental values, its freedoms and its interests. It has declared itself ready to make immense sacrifices and to ask of its people to be able to have the freedom to democratically elect its leaders, the freedom of its political choices and the freedom to express themselves.

 

Most conflicts have ended with negotiations or some form of agreement between the belligerents. At the time when it deems appropriate, Ukraine will want or will have to start discussions or even negotiations and this, with the best cards in hand, meaning the best situation on the ground. Currently the Ukrainian armed forces are counting on the promised Western capabilities that they believe they need to carry out their counter-offensive. Ukraine is followed in its reasoning by a very large number of our partners all over the world. Sometimes, after bitter discussions, political or diplomatic. The interests of Ukraine are indeed ours. It is our values, our way of life, our liberties that are at stake. It is a matter of higher interest. It is for these reasons that we must agree to deliver our own vehicles even before the new ones are delivered, later this year. It is for these reasons too that we must accept to draw even deeper into our ammunition stocks and make concessions on our state of readiness. It is for these reasons that we must consider support for Ukraine as an intrinsic part of our daily lives. This is consistent with the change in mindset, state of mind and, more broadly, with the change in culture, which events are forcing us to adopt. We have fallen into a world where « collective defence » has taken over, let’s be aware of that.

 

And besides that, yes, we will also support B-FAST in the framework of its humanitarian operation in Turkey. One more « crisis » which inevitably turns our daily lives upside down, but which allows us to demonstrate all our know-how as well as our added value.